Comment le Rotary a su s’adapter pour que les populations aient durablement accès à l’eau potable

21 Mar 2019 | ActualitésRotary

Le manque d’accès à l’eau potable, d’équipement sanitaire et de ressources en matière d’hygiène est l’un des problèmes de santé majeurs dans le monde – et l’un des plus difficiles à résoudre.

Le Rotary travaille depuis des décennies à approvisionner les populations en eau potable en creusant des puits, ainsi qu’en installant des tuyaux, des filtres, des éviers et des toilettes. Mais les difficultés les plus considérables surviennent après que le matériel est mis en place. Trop souvent, les actions commencent par être des réussites, mais celles-ci ne sont pas durables.

Pour l’ensemble des organisations, le coût cumulé des systèmes d’eau défaillants en Afrique subsaharienne représente à lui seul 1,2 à 1,5 milliard de dollars, selon les données compilées par le cabinet de conseil Improve International.

Les pompes à eau rouillées et les installations sanitaires délabrées sont monnaie courante dans certaines régions d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie du Sud, semblables à des monuments commémoratifs d’actions qui ne se sont pas montrées durables. Une étude réalisée en 2013 par l’entreprise indépendante Aguaconsult a fait état de ce type de problèmes que rencontre le Rotary au cours de ses actions, l’étude mettant l’accent sur le rôle de la pérennité dans une planification plus efficace de celles-ci.

C’est l’un des facteurs qui explique pourquoi le Rotary a changé de cap au cours des dernières années, afin de privilégier l’éducation, la collaboration et la pérennité.

Grâce à des subventions mondiales de la Fondation, ainsi qu’à une Amicale d’action rotarienne et un partenariat avec l’Agence américaine pour le développement international (USAID), les programmes eau, assainissement et hygiène du Rotary (WASH) permettent d’accomplir des changements plus importants et plus durables.

« Tous les projets d’eau et d’assainissement du Rotary viennent du cœur et sont bien intentionnés, mais nombre d’entre eux n’ont pas répondu aux demandes réelles des communautés, » déclare F. Ronald Denham, membre fondateur et président émérite de l’Amicale d’action eau et assainissement du Rotary. Le groupe, formé en 2007, privilégie une stratégie axée sur les besoins et la pérennité des projets.

Auparavant, l’équipement et les infrastructures étaient, pour la plupart, mis en place convenablement et bien accueillis, mais l’appropriation par la population locale, l’éducation et la pérennité faisaient parfois défaut. Souvent, les communautés ne recevaient pas un financement suffisant pour gérer les actions de manière autonome sur le long terme.

L’un des obstacles à la durabilité est l’absence d’une participation humaine constante.

Les membres du Rotary sont bénévoles de par leur nature même. « Comme tout un chacun, les Rotariens ont des priorités telles que le travail et la famille », explique Ron Denham, qui collabore avec les clubs pour résoudre les problèmes relatifs à l’eau, l’assainissement et l’hygiène depuis plus de 30 ans, et supervise des actions en Éthiopie, au Ghana, en Inde, au Kenya et en Ouganda.

Évoquant les membres du Rotary qui s’emploient à introduire des améliorations dans leur propre communauté, Ron Denham déclare : « Il est difficile pour les clubs locaux, par exemple, de gérer les actions WASH à long terme », en particulier si ces actions comportent des aspects techniques complexes. « Nous sommes extrêmement dévoués, mais nous avons besoin d’aide. Pour que nous réussissions, il est essentiel que l’on nous prête main forte. »

Mobilisation communautaire, appropriation par la communauté

De plus en plus, cette réussite dépend de la collaboration avec des organisations qui fournissent des ressources complémentaires, un financement, une technologie, des contacts, leur connaissance d’une culture et autres spécialités.

Les membres du Rotary collaborent avec des experts locaux pour s’assurer que les actions répondent durablement aux besoins de la population. Les éducateurs Mark Adu-Anning (à gauche) et John Kwame Antwi, l’ingénieur Jonathan Nkrumah (au centre), Vera Allotey, membre du Rotary, et Nana Dorman II, chef d’Atekyem, travaillent ensemble à réaliser des projets d’assainissement au Ghana.

Selon Ron Denham, « les clubs doivent dialoguer davantage avec la communauté, ses dirigeants et ses organisations professionnelles. Plus important encore, nous devons comprendre les besoins de la communauté. Nous ne pouvons pas supposer ou deviner ce qui est dans leur intérêt. »

La communauté devrait jouer un rôle dans le choix des problèmes à résoudre, l’étude des ressources disponibles, la recherche de solutions et la planification de la maintenance à long terme.

Selon Ron Denham, aucune action n’est un succès si les communautés locales ne parviennent pas à assurer son futur.

En 2010, le club de Toronto Eglinton (Canada) dont Ron Denham est membre est devenu le chef de file international d’un programme d’eau et assainissement dans la vallée du Grand Rift au Kenya, où l’eau potable est rare.

Lorsque les premiers tests sur les eaux souterraines ont révélé des niveaux élevés de fluorure, les clubs parrains ont changé leur projet pour réaliser des forages peu profonds. Compte tenu de ce qu’ils avaient appris, la collecte des eaux de pluie était une méthode plus sûre.

Le club de Nakuru (Kenya), qui est le club hôte, fournit à présent du matériel et enseigne aux familles comment construire leurs propres citernes de 10 000 litres. Chaque famille est responsable des travaux et de l’entretien. Avec un investissement de 50 dollars, une famille peut collecter assez d’eau pour assurer ses besoins durant la saison sèche.

À ce jour, le projet a financé la construction de plus de 3 000 citernes, approvisionnant environ 28 000 personnes en eau potable. Les familles n’ont plus besoin de marcher plusieurs kilomètres par jour pour aller se ravitailler en eau, tâche qui incombait souvent aux femmes et aux enfants.

En tant que propriétaires des citernes, les femmes sont habilitées à concevoir leur ménage différemment. Et grâce aux microcrédits qu’elles reçoivent des clubs, les mères tiennent de petits commerces et génèrent des revenus au lieu d’aller se ravitailler en eau.

« La propriété engendre une libération, non seulement pour les mères mais pour leurs enfants, qui ont maintenant le temps d’aller à l’école », explique Ron Denham.

L’enseignement en matière de WASH

Réaliser des infrastructures sanitaires ne suffit pas à ce qu’une action WASH porte ses fruits sur le long terme. Il est important, également, d’adopter des habitudes saines. De bonnes pratiques d’hygiène peuvent réduire les maladies telles que le choléra, la dysenterie et la pneumonie de près de 50%. Se laver les mains avec du savon peut sauver des vies.

Le club de Box Hill Central (Victoria, Australie) facilite l’Opération Toilettes, un programme visant à construire des toilettes et à dispenser une éducation en matière de WASH aux écoles des pays en développement, notamment l’Inde et l’Ethiopie. Les toilettes des garçons et des filles sont séparées afin d’assurer l’intimité, et les membres du Rotary apprennent aux enfants à se laver les mains avec du savon. Les employés de ces écoles reçoivent des instructions pour l’entretien des installations.

Le programme fonctionne avec la collaboration du groupe de revendication We Can’t Wait, qui contribue à faire mieux connaître les besoins relatifs à WASH et à promouvoir l’éducation auprès de la communauté. Depuis le lancement du projet en 2015, près de 90 écoles et plus de 96 000 élèves en ont directement bénéficié.

Un autre exemple d’éducation réussie en matière de WASH a été donné par le club de Puchong Centennial (Malaisie), qui intervient dans plusieurs écoles à Lampara (Philippines), en collaboration avec des clubs Interact et Rotaract des Philippines. Ces groupes invitent des conférenciers pour familiariser les élèves avec l’hygiène buccale, le lavage des mains et l’importance de prendre fréquemment des bains. Après chaque présentation, les étudiants reçoivent des kits comprenant des brosses à dents, du shampoing, du savon, des peignes et autres articles de toilette.

10 ans d’interventions WASH durables

Cette année marque le dixième anniversaire du partenariat Rotary-USAID, qui ont exploité ensemble les ressources nécessaires à fournir de l’eau potable, des infrastructures sanitaires et une éducation en matière d’hygiène aux communautés des pays en voie de développement. Le Rotary et l’USAID, le plus grand organisme d’aide gouvernementale au monde, contribuent à l’initiative chacun à leur manière. Le Rotary entretient un réseau mondial lui permettant de collecter des fonds, de recruter des bénévoles et de superviser la construction des installations, tandis que l’USAID fournit un appui technique, mène à bien les projets et renforce la capacité des institutions locales à exploiter les systèmes et assurer leur maintenance.

« Le Rotary insuffle beaucoup d’énergie au programme et peut créer un grand engouement », déclare Ryan Mahoney, conseiller WASH et santé environnementale de l’USAID et membre du comité de direction Rotary-USAID. « Ils ont su tirer un parti formidable de leurs relations avec les dirigeants des communautés pour lancer des projets. »

Au Ghana, qui était un centre névralgique lorsque s’est nouée l’alliance, 35 clubs répartis dans six régions auront mis en œuvre plus de 200 programmes WASH durables d’ici à 2020.

Fredrick Muyodi et Alasdair Macleod, membres du Corps des conseillers techniques de la Fondation, ont rendu visite à 30 d’entre eux en septembre dernier pour évaluer leurs succès ainsi que les problèmes qu’ils rencontrent.

Alasdair Macleod, membre du club de Monifieth & District à Tayside (Écosse) a été impressionné par les efforts qu’il a pu constater en matière d’éducation. La plupart des écoles qu’il a visitées avaient intégré des composantes éducatives, notamment le recrutement d’un éducateur WASH spécialisé. Dans l’une de ces écoles, l’instructeur WASH et les élèves ont fabriqué et distribué des affiches illustrant l’importance du lavage des mains.

« La jeune génération doit être le point de départ des projets à long terme », explique-t-il, ajoutant que les élèves peuvent être des acteurs du changement à la fois chez eux et dans leurs communautés en enseignant les techniques adéquates.

D’autres visites de sites ont révélé des problèmes inattendus, tels que la sécurité. Par exemple, lorsqu’une école a des ressources sanitaires qui sont, par ailleurs, indisponibles à la communauté, le risque d’intrusion et de vandalisme augmente. Fredrick Muyodi, membre du club de Kampala City-Makerere (Ouganda), affirme que les actions peuvent réduire ce risque en se développant pour inclure toute la communauté.

Parfois, les distances aussi représentent un problème, lorsque le lieu de mise en œuvre d’une action est trop éloigné des clubs qui se sont engagés à effectuer des visites de sites régulières. Pour remédier à cela, dit-il, les clubs devraient communiquer davantage avec les habitants et établir des liens plus solides avec les dirigeants des communautés et des districts.

Ron Denham, membre du comité de direction Rotary-USAID, attribue le succès, au Ghana, de leur alliance à une amélioration de la coordination et de la communication, ceci allant de l’utilisation de WhatsApp pour se connecter avec des partenaires au recrutement de personnel à temps plein. A l’heure où il entre dans sa deuxième phase, le partenariat – un symbole de la collaboration public / privé, en matière de WASH – a permis de rassembler la somme de 4 millions de dollars pour des actions au Ghana, à Madagascar et en Ouganda. Les clubs de chaque pays se sont engagés à collecter 200 000 dollars.

« Le Rotary est une entreprise de développement social et économique, déclare Ron Denham. Notre travail en matière de WASH peut en témoigner. »

Rotary International, par Ryan Hyland